mercredi 21 septembre 2016

DERNIERES NOUVELLES DE LA DESCENTE DANS LE COEUR.



http://leberreannaig.blogspot.fr/2011/01/appel-du-large-le-vent-de-noroit.html
Dans le néo-advaita, on me dit que l'éveil voit disparaître l'ego. Voir surgir la lumière intérieure implique la disparation de l'ego. Ce n'est pas moi qui m'éveille, personne ne s'éveille, il n'y a plus que Cela.

Plus modestement,  dans mon cas, il y a éveil à une réalité intérieure mais cet éveil en ce qui me concerne n'est pas aussi radical au départ que certains tenants du néo-advaïta le présentent. Dans l'advaïta traditionnel, il est question d'une prise de conscience d'un Témoin intérieur immuable. J'en suis plus là en ce qui concerne l'éveil. D'ailleurs certains enseignants distinguent éveil et réalisation... 

Il y a au centre de ma conscience une conscience infinie, des ténèbres lumineuses où lumières sensibles, lumières intellectuelles  paraissent. Et donc moi  composé de ces lumières, je n'ai pas disparu, je suis bien là encore. Certes je ne suis plus dans l'illusion d'être au centre de la conscience. Ce "qui" ou "quoi" s'éveille est au centre de moi-même au-delà de tout ce qui compose ma personnalité. C'est la source de ma personne et de toutes les personnes, ça se communique et se partage en personnes et entre personnes, ça se vit en personne tout en transcendant toute personne.

J'ai souvent ce vertige d'admiration devant l'immensité intérieure qui demeure immuablement là au centre et que pourtant je réussis encore à oublier et à négliger si souvent.  

En tant que personne séjournant consciemment dans l'œil de cette conscience infinie, je n'ai plus un simple devenir temporel. Cette conscience infinie est éternité dans l'instant. Me choisir en elle m'est possible. Je ne suis pas un simple mécanisme corps esprit qui se déroulerait impersonnellement dans la vie des autres et du monde. Dans la lumière de cette immensité, il y a pour moi des négligences, des choix grinçants et regrettables et puis il y a ces choix mystérieux où l'écart entre mon devenir personnel et le Devenir que manifeste l'immensité intérieure deviennent indiscernables.

C'est peut-être cela qu'il faut entendre comme la recherche de la volonté de Dieu ou dans un autre vocabulaire le fait d'adhérer à la nécessité de ce qui est puisque Dieu ne me parle pas personnellement de sa voie de tonnerre ou dans le murmure de la brise mais quelque fois la présence de l'immensité résonne en moi en empruntant la bouche de mes amis et parents.   

C'est dans ces trop rares moments intérieurs où mon choix devient comme indiscernable de la nécessité du Devenir manifesté par la conscience infinie que j'entrevois le sens profond de l'éveil selon l'advaïta. 

Je sais aussi que bien peu de ceux qui affirment en témoigner usent abusivement du vocabulaire de la disparition de la personne. Bien peu le réalisent pleinement. Pour plus de sincérité et moins de confusion pour leurs suiveurs, ils devraient certainement rendre compte avec plus de modestie de leur réalisation spirituelle. 

Notre parfum d'ego qui subsiste empeste souvent fort y compris de ses bonnes intentions et gâche bien souvent le doux parfum de notre immensité intérieure. Pendant une courte conférence, un atelier ou un stage, un certain sens de la courtoisie du conférencier ou de l'enseignant ou l'évidence d'un fait expérimental peuvent masquer l'odeur. Mais dans la proximité impossible. Pas de panique cependant. On est des humains un peu animal et certains côtés d'odeurs un peu fortes nous attirent : la plupart des relations ordinaires ne sont-elles pas d'ailleurs exclusivement des relations d'égocentrique à égocentrique où nul ne ressent malheureusement le doux parfum et le souffle raffraichissant de l'immensité intérieure ? 
Et si d'autres côtés de ces odeurs nous incommodent, au final dans le désir de proximité, on s'y accommodent. Et l'accommodement n'est pas tout à fait contraire à la compassion... Cet ingrédient de l'amitié et de l'amour vaut bien comme une voie spirituelle à part entière !

C'est plus problématique quand, du rang de conférencier ou d'enseignant, on prétend au rôle de guide spirituel d'une autre personne... La moindre odeur d'ego un peu persistante a vertu de faillite de la relation prétendue spirituelle ! Combien de déceptions inutiles !

Il y a certainement des gourous ou des avatars quelque part si pour Dieu rien n'est impossible. 

Pour moi, j'ai pris le chemin de l’accommodement à commencer vis-à-vis de moi-même vécu et apprécié dans la lumière de l'immensité. 

Car pour moi, entre autres possibilités, il y a là comme un chemin de choix de soi-même (indiscernables d'un acquiescement délibéré à la nécessité) où dans le silence vertigineux de cet intérieur, je vois comme un cœur d'amour prendre forme qui fait de ma personne son masque diffuseur ! Et ce cœur de ma personne veille parfois quand bien même, moi, ego, je «dors» ! 

Et quand, un moment, tout cet amour s'est emparé de nous et s'est donné en nous et par nous absent de nous-même, le "peu" de nous qui reparaît inéluctablement pour longtemps encore a de plus en plus les allures d'un mendiant qui supplie sa bien-aimée immensité intérieure de tout lui prendre y compris ce qu'il ose appeler «son» amour.




     

         

samedi 20 août 2016

AVEC YVAN AMAR, PURIFIER SPIRITUELLEMENT LE SENS DE LA REVOLTE.


«Je me révolte effectivement devant une situation donnée, mais mon engagement m'oblige à me rappeler qu'il ne faut pas que n'agisse seulement par réaction à une situation, parce que je vais être emporté par une émotion, et il ne semble pas que ce soit juste en soi. La réaction à la souffrance peut-elle être là source d'une action féconde ? À long terme, oui, si l'on est vigilant ; mais la spiritualité n'est pas fabrique de combattants contre l'injustice. Cultiver la représentation d'un monde idéal cache bien souvent la représentation d'un moi idéal. La politique informe les gens et leur fait croire que, parce qu'ils sont informés, ils vont changer. La politique est informé socialement, scientifiquement ou religieusement, mais un être informé ne change pas pour autant. Seuls changent les êtres conscients. Nous aurons alors [...] un être politique conscient, conscient et responsable, quelqu'un qui a été transformé par le dedans. [...] Plus on devient conscient et responsable, plus paradoxalement, on devient ludique. Le paradoxe des êtres spirituels, c'est que leur comportement extérieur est en apparence plus ludique que grave.», Yvan Amar, L'Effort et la Grâce.


jeudi 28 juillet 2016

L'AMOUR DES ENNEMIS COMME POLITIQUE ?



On baratine des tartines sur l'amour... Les belles paroles sont souvent de la fausse monnaie disait la petite Thèrése de Lisieux. Voici une énigme de la spiritualité chrétienne qui vaut toujours pour moi disciple du rabin Jésus (même si je nie maintenant entre autres qu'il soit l'unique médiateur de tout le cosmos) : aime tes ennemis. Aimer ses amis ou sa famille tout le monde sait faire à peu près. Il ne s'agit pas de laisser nos ennemis triompher surtout s'ils cherchent à triompher de tout amour. Alors comment les vaincre en les aimant ? Comment les vaincre en faisant triompher en eux et en nous l'amour ?

Dans notre situation sociale et politique cette énigme n'a-t-elle pas un poids inédit ? Mesurons enfin nos propositions sociales et politiques à cette aune et nous passerons peut-être une part  inquiétante de la crise évolutive en cours.





J'admets que l'amour personnel pour la lumière divine reste un moment nécessaire mais l'amour pur n'est pas mien. Seul l'amour au cœur de la lumière divine est véritable.

samedi 2 juillet 2016

POUR UNE DEMOCRATIE 2.0




Le référendum du Brexit ou la future éventualité d'un référendum qui conduirait à un Frexit m'interroge sur la démocratie.

Personnellement je suis de moins en moins d'accord avec la démocratie représentative basée sur le principe de majorité. Le référendum est peut-être parfois encore pire dans ses choix que le vote des représentants.

Faudra-t-il laisser la démocratie représentative sombrer d'elle-même en laissant se produire une élection qui divisera la nation au point où le faible taux de participation conjoint à la division produite nécessitera un autre principe constitutionnel ? Ou ce désir d'une authentique démocratie pourra-t-il l'emporter au travers même du système représentatif avant qu'une telle catastrophe politique se produise ? Je sais que nous en sommes là. Car parmi nos représentants politiques accrochés pour des raisons bien égocentriques à ce système, il y a une incapacité d'empêcher ce moment de crise majeure qui se rapproche inéluctablement. Leurs appels au bon sens et à la rationalité sont battus en brèche par leurs comportements anti-spirituels et leur participation à un système politique qui rien qu'en France produit tant de pauvres et  laisse tant de misères psychologiques et spirituelles se développer.

L'histoire de la science ou de la spiritualité philosophique suggère que des minorités ont eu raison contre des majorités. 
Ce sont des arguments et des expérimentations, non des émotions et des croyances qui ont eu raison ultimement.

Aujourd'hui à l'heure où nos émotions et nos croyances portent préjudice à l'avenir même de notre humanité, ne seraient-ils pas grand temps d'inclure au cœur de nos processus démocratiques des procédures de décision basées sur les échanges argumentatifs et sur des transformations spirituelles ?

Par exemple, si vraiment nos problèmes de justice économique impliquant des enjeux éthiques et écologiques sont planétaires, il est évident que que nous devons élaborés des lieux de décisions démocratiques supranationaux. Brexit ou Frexit risquent donc d'être des erreurs spirituelles collectives majeures au sens où ils sont vécus comme un retour à un destin national égocentrique.
Et à l'inverse une Europe basée sur le libre-échange dont les règles sont livrées aux multinationales, une Europe qui permet que des personnes vivent en son sein en dessous du seuil de pauvreté et pire que des personnes n'aient pas accès au meilleur des soins éducatifs et psychologiques voire au meilleur des pratiques spirituelles validées scientifiquement n'est-elle pas une impasse supranationale ?

Il n'y aura donc pas d'avenir pour nous si nous ne sommes pas capables d'un renouvellement profond de ce qu'on entend par "décision démocratique". 

Le pas le plus important vers une démocratie 2.0 est de trouver des procédures démocratiques qui exigent d'apporter des réponses rationnelles et spirituelles convaincantes à des objections rationnelles et spirituelles à une décision. 

Cliquer sur l'image pour voir les détails


Au lieu de proposer deux options ou plus entre lesquelles nous devrions choisir, il devrait être possible d'élaborer collectivement une meilleure proposition décisionnelle à partir d'options initiales non convaincantes.

Par exemple "faut-il ou non sortir de l'Europe ?" selon moi devrait être remplacé par la question de savoir comment ré-élaborer la démocratie en France et en Europe pour que les prises de décision émanent de davantage d'intelligence collective et en produisent davantage.

Cliquer sur l'image pour voir les détails

dimanche 26 juin 2016

LE DEBAT SUR LA PREMIRER PERSONNE SELON MICHEL HENRY.




https://www.uclouvain.be/324859.html



En travaillant à L’essence de la manifestation, Michel Henry notait pour lui-même que « la thèse de l’ego transcendant revient à faire une philosophie de la 1ère personne en 3ième personne ». Or, il s’en indignait aussitôt : « certes [la] 1ère personne peut apparaître dans le monde de la 3ième personne ; tout je peut être un il, pour un autre Ego et peut-être aussi pour lui-même. Mais précisément, comment cela est-il possible ?

Comment ce qui m’apparaît dans la sphère de la 3ième personne peut être dit une 1ère personne ? [...] Originairement, je suis un Je, et non pas un il, à supposer que je puisse être un "il", un "autre" pour moi-même. C’est de ce phénomène originaire donc, ce fait que je suis d’abord un ego, qu’il faut tout de même rendre compte » (Michel Henry, « Notes préparatoires à L’essence de la manifestation : "La subjectivité" », in Revue internationale Michel Henry, 2012, n° 3, Ms A 5-2-2694, p. 112.).




HERITAGE DE LA PSYCHANALYSE ET SPIRITUALITE.


A - Pourquoi la psychologie peut servir la spiritualité ?

Certainement il nous faut rejoindre Prajnanpad quand il indique que pour dépasser  l'ego (ou perdre sa tête à 0 distance) il faut déjà un ego (ou une tête RELATIVEMENT bien faite). Douglas Harding qui compte beaucoup pour moi avait d'ailleurs reconnu quelque chose en ce sens-là. 

Par définition l'ego égocentrique sera toujours malsain mais un ego souffrant psychiquement est trop focalisé sur sa souffrance pour que se réalise son illusion. Et si la vraie nature de la conscience a été aperçue, les mécanismes de souffrance sont tellement enkystés parfois qu'il semble impossible d'y revenir ou d'avoir confiance en cette clarté intérieure en apparence si insignifiante pour se libérer de tant de souffrances.

Il est devenu évident que Freud a triché sur les succès de la psychanalyse et qu'il a souvent ainsi fait preuve de bien peu de science. L'INSERM dès 2004 avait démontré que les résultats thérapeutiques de la pure psychanalyse étaient peu convaincants face à des problématiques comme les phobies, les TOC, etc. même s'ils n'étaient pas nuls. Ken Wilber dans une perspective intégraliste qui cherchait à donner à chaque thérapie la place qui lui revient estime que les thérapies psychanalytiques sont bienvenues pour affronter les blocages liées à l'auto-interprétatio existentielle de soi-même.
Toutefois en resituant Freud dans l'histoire plus vaste de la psychiatrie et de la psychologie, il serait un peu dommageable de se priver de techniques de la même famille que l'INSERM n'a pas à cette occasion évaluée telles que la psychogénéalogie ou l'hypnothérapie par exemple. 
Rappelons que la critique impitoyable de Michel Onfray qui reprend les critiques historiques les plus convaincantes ne balaie pas d'un revers de main toute la psychologie héritière de la psychanalyse. Onfray a par exemple beaucoup d'admiration pour Reich et surtout pour Erich Fromm qui l'un des premiers a d'ailleurs relié psychologie et spiritualité zen (en rejetant toute attache religieuse).

Nous pouvons donner quelques exemples de concepts dont le destin est incompréhensibles sans leur parcours psychanalytique et qui aujourd'hui valent encore tant du point de vue psychologique que spirituel.
Car au fond, ce sont souvent des concepts éclairant des réalités psychiques qui ont précédé la psychanalyse et qui lui survivront.

1 - Le refoulé.

L'hypnose qui est aujourd'hui validée par les neurosciences prouve que certains éléments du psychisme peuvent être refoulés. Freud, Breuer ou Janet évoquaient des états hypnoïdes pour expliquer en premier lieu le refoulement. 

L'abandon de l'hypnose par Freud comme méthode thérapeutique est discutable d'autant qu'il empêche les psychanalystes de saisir en quoi leurs théories ont des effets hypnoïdes qui les confirment. Les états hypnoïdes dont provient la psychanalyse sont aujourd'hui sérieusement réinterrogés. Les imageries IRM montre que des états hypnoïdes ont un rapport à nos souvenirs sans passer par des récits.

Ce sont bien des réminiscences et des prises de conscience qui mettent fin aux refoulement et aux résistances inutiles car source de souffrances par inauthenticité de soi-même. 

La clé spirituelle ultime du refoulement et des résistances de l'ego, ne serait-ce pas que l'ego refoule pour demeurer égocentrique l'évidence de sa vraie nature ? Et si l'ego est une excroissance d'une individualisation de l'être qui doit se retrouver, refoulement et résistances de l'ego ne sont-ils pas des moments nécessaires à un déploiement psychique d'une âme fille consciente de l'UN ?  

L'éveil spirituel n'est pas loin quand on travaille sa réalité psychique avec ces outils. Les disciples de Prajnanpad qui se réclamaient de Freud, certains amis et disciples directs de Freud (Romain Rolland, Lou Andreas-Salomé, certains disciples de Jung (Karlfried Graf Dürkheim, Cazenave, les psychologues transpersonnels, etc.), certains disciples et proches de Lacan (Dolto, Didier Dumas, Serge Tribolet, etc.) ont à travers eux rencontré la spiritualité voire ont cheminé spirituellement.

2 - Le problème de l'énergie du désir et des rivalités (familiales) comme problèmes fondamentaux de l'ego.

Freud comme Nietzsche et Schopenhauer dont il est redevable quoi qu'il en dise montrent que le désir et sa vitalité étant premiers (sinon un plan de l'existence indéniable), nos marges de manœuvre personnelles sont limitées puisque notre énergie reste dépendante de celle de la vitalité de notre désir. 

L'ego croît en imitant, or l'imitation entraîne le désir des mêmes objets que l'autre d'où rivalités possibles. Cette rivalité et ces oppositions mêlées d'admiration sont propices au refoulé et à la recherche de compensations. Car le parent faisant face à la rivalité de l'enfant le terrorise volontiers et celui-ci refoule son affirmation de soi en opposition à l'adulte dans l'inconscient derrière la culpabilité, le remords, etc. qui sont en fait des émotions fondées sur la peur d'une violence parentale.
Henri Wallon lecteur attentif de Freud et observateur remarquable a ainsi repéré le stade du miroir (repris par Lacan et Dolto) qui met en jeu l'intériorisation du point de vue de l'autre, le stade de l'opposition enfantine essentiel à la personnification, etc.

Les Thérapies Comportementales Cognitives ne sont pas étrangères sur ce point à la psychanalyse. Parler de schémas de pensée inconscients (Jean Cottraux) qu'il s'agit de contrer pour aller mieux reste proche de la notion de complexe en psychanalyse. Certes le schéma opère inconsciemment sans qu'on puisse parler à proprement parler de refoulement mais toute formation mécanique de désirs excluant d'autres options plus ouvertes s'assimile à un refoulement inconscient de virtualités autrement désirables.

L'égocentrisme naissant de la conscience de l'enfant génère de la violence combattue par la violence parentale. Il y a dès lors une violence qu'on juge morale sans voir qu'elle ne peut que ralentir l'émergence de l'amour même au sein d'une conscience éveillée où l'ego est détrôné. Il faut se reconnaître victime de la violence pour ne plus en être l'artisan. Ce sont des psychanalystes plus ou moins hétérodoxes qui ont perçu les dégâts de ces refoulements. Freud d'ailleurs avec le complexe d’œdipe met la violence sur le dos des enfants sans voir que Laïos et Jocaste les parents d’œdipe sont les vrais criminels dans l'affaire. Alice Miller une psychanalyste hétérodoxe a vu ceci.

Ce serait plutôt à des éducateurs "éveillés" de ne pas donner suite aux rivalités enfantines par des violences inconsidérées. Il serait sage d'apprendre à déplacer les objets de désir plutôt que d'écraser nos désirs sous la peur et la culpabilité : apprendre ceci aux enfants est capital. Ce sont des psychanalystes comme Dolto ou encore Prajnanpad férus de psychanalyse qui pointent une telle sagesse.

3 - La part d'ombre (Jung en dialogue avec Freud)

L'ego détrôné du centre demeure bien souvent une ombre qui empêche la lumière intérieure de briller pleinement. Les porteurs de la lumière intérieure sont souvent lucifériens (lux=lumière ; ferre = ferre) parce qu'ils refoulent en fait leur violence hors champ. Leur liberté intérieure en vient à justifier tous les désirs de leur corps-esprit comme indifférents. De fait la lumière comme liberté intérieure n'est pas encore la lumière comme réalisation d'un amour pur. En sont-ils biens conscients, ces éveillés justifiant leur ignorance de l'amour pur ? Il y a là bien des résistances.

Pour moi, il y a ce refoulement particulièrement caractéristique d'une spiritualité qui se contente d'une illumination mentale et émotionnelle mais qui laisse en plan des niveaux plus obscurs mettant en jeu l'énergie sexuelle, les pulsions de reconnaissance et d'appropriation. Plus la lumière s'affine, plus il y a de diableries qui deviennent apparentes... Karfried Graf Dürkheim devait à Jung le chemin d'intégration de la part d'ombre souvent reprise depuis en un sens édulcorée.

Plus on est au fait et au diapason de la lumière intérieure plus ce qui est de l'ordre de notre personne humaine apparaît un abysse d'inconscience.

B - Un sens spirituel d'une exploration de l'inconscient.

On connaît souvent la critique de Sri Aurobindo sur la psychanalyse :


Votre pratique de la psychanalyse était une erreur; pour le moment du moins, cela a rendu le travail de purification moins facile, plus compliqué. La psychanalyse de Freud est la dernière chose que l'on devrait associer au yoga. Elle se saisit d'une certaine partie de la nature, la plus sombre, la plus périlleuse, la plus malsaine, telles les couches subconscientes du vital inférieur, isole quelques-uns de ses phénomènes les plus morbides et leur attribue une action hors de toute proportion avec leur vrai rôle dans la nature. La psychologie moderne est une science dans l'enfance, à la fois imprudente, maladroite et grossière. Comme toutes les sciences primitives, c'est un débordement du mental humain et de son habitude universelle de s'emparer d'une vérité partielle ou locale et de la généraliser indûment en voulant expliquer toute l'étendue de la Nature par ses termes étroits. En outre, l'exagération de l'importance des complexes sexuels réprimés est une dangereuse fausseté qui peut avoir une influence néfaste et contribuer à rendre le mental et le vital, non pas moins mais plus foncièrement impurs qu'auparavant.

Cependant un lecteur attentif notera le "pour le moment du moins". Qu'est-ce à dire ?


La suite de cette lettre offre un point de vue plus nuancé et on appréciera ce petit passage de Sri Aurobindo si proche de la démarche proposée par Prajnanpad à ses disciples :

Le système de vouloir se débarrasser des choses par anubhava est également dangereux; car sur cette voie, on peut facilement s'enliser davantage au lieu d'arriver à la liberté. Cette méthode repose sur deux mobiles psychologiques bien connus. L'un, le mobile d'épuisement volontaire, n'est valable que dans quelques cas, spécialement quand certaines tendances naturelles ont une emprise ou une poussée trop fortes pour que l'on puisse s'en débarrasser par vicāra ou par le procédé du rejet en mettant le vrai mouvement à la place. Quand la poussée est excessive, le sâdhak est parfois même obligé de retourner à l'action ordinaire de la vie ordinaire et d'en avoir la vraie expérience avec une mentalité et une volonté nouvelles derrière; puis il revient à la vie spirituelle une fois que l'obstacle est éliminé, ou en tout cas sur le point de l'être. Mais cette méthode de laisser-aller intentionnel est toujours dangereuse, bien que parfois inévitable. Elle ne réussit que quand l'être possède une très forte volonté de réalisation; car alors, l'assouvissement des désirs amène un grand mécontentement, une forte réaction, le vairāgya, et la volonté de perfectionnement peut alors passer dans la partie récalcitrante de la nature.
Puis Sri Aurobindo poursuit dans une direction que les psychothérapies commencent à peine à découvrir aujourd'hui :
L'autre mobile de l'anubhava s'applique d'une façon plus générale; en effet, pour rejeter quoi que ce soit de l'être, il faut d'abord devenir conscient de la chose à rejeter, avoir une claire expérience intérieure de son action et découvrir sa place réelle dans le fonctionnement de la nature. Alors on peut agir sur elle pour l'éliminer si c'est un mouvement entièrement mauvais, ou la transformer si c'est seulement la dégradation d'un mouvement supérieur et vrai. C'est cela, ou quelque chose d'approchant, que l'on a essayé grossièrement et abusivement avec une connaissance rudimentaire et insuffisante, dans le système de la psychanalyse. Soulever les mouvements inférieurs jusque dans la pleine lumière de la conscience afin de les connaître et de les manipuler est un procédé inévitable; car un changement complet ne peut pas se faire sans cela. Mais ce procédé ne peut vraiment réussir que si une lumière et une force supérieures interviennent suffisamment pour surmonter, plus ou moins vite, la force de la tendance offerte à la transformation. Bien des gens, sous prétexte d'anubhava, non seulement soulèvent le mouvement adverse, mais le soutiennent de leur consentement au lieu de le rejeter, trouvent des justifications pour le prolonger ou le répéter et ainsi jouent avec lui, se plaisent à son retour et l'éternisent; ensuite, quand ils veulent s'en débarrasser, il a une telle emprise sur eux qu'ils se découvrent impuissants entre ses griffes et ne peuvent être libérés que par un terrible conflit ou une intervention de la Grâce divine. Certains le font par déformation ou perversité vitales, d'autres par simple ignorance; mais dans le yoga, de même que dans la vie, la Nature n'accepte pas l'ignorance comme une excuse justificative. Ce danger est là chaque fois que l'on manipule maladroitement les parties ignorantes de la nature; mais aucune partie n'est plus ignorante, plus périlleuse, plus déraisonnable, plus obstinée dans ses répétitions nue le subconscient vital inférieur et ses mouvements. Le soulever prématurément ou sans la connaissance du procédé, pour en faire l'anubhava, c'est risquer d'inonder aussi de ce flot sombre et sale les parties conscientes de notre être, et ainsi d'empoisonner toute la nature vitale et même toute la nature mentale. Par conséquent, on doit toujours commencer par une expérience positive, et non par une expérience négative, et faire descendre d'abord quelque premier reflet de la nature divine, de la tranquillité, de la lumière, de l'équanimité, de la pureté et de la solidité divines dans les parties de l'être conscient qui doivent être changées; c'est seulement quand ceci a été fait suffisamment et qu'il y a une base positive solide, que l'on peut avec sécurité soulever les éléments adverses cachés dans le subconscient afin de les détruire ou de les éliminer par la puissance de la tranquillité, de la lumière, de la force et de la connaissance divines. Même ainsi, il y aura toujours assez d'éléments inférieurs qui se lèveront d'eux-mêmes pour vous procurer autant d'anubhava qu'il vous en faut afin de vous débarrasser des obstacles; mais dans ce cas, on peut les manipuler avec beaucoup moins de danger et sous une direction interne supérieure.

lundi 29 février 2016

POURQUOI PARTAGER NOTRE VERITABLE NATURE AVEC LA VISION SANS TETE DE DOUGLAS HARDING ?





Il n’y peu de risque à partager une technique d’expérimentation de vision sans tête sinon à en redécouvrir la vérité lumineuse. 
Beaucoup de propositions spirituelles exigent un guru réalisé, un enseignant obligé d’affirmer la véracité de ce qu’il transmet quitte à être insincère avec ses manques flagrants de liberté parce que son enseignement exige un enseignant impeccable. Ici avec la voie de la vision sans tête seul importe le contenu de l’enseignement. Le seul prérequis de celui qui transmet le protocole est de s’y soumettre lui-même et voir ce qu’il y a à voir n’exige nullement de prétendre à une perfection humaine qu’on n’a pas.   
Avec les expérimentations de la vision sans tête, je mets directement à disposition de l’autre le moyen de voir la lumière intérieure et même si dans ma forme extérieure, je ne la rayonne pas, même si mon ego a des ombres qui l’empêchent d’être pleinement authentique et donc même si il y a en moi des manques de sincérité par rapport à cette lumière intérieure, l’autre peut, lui, la laisser se réaliser voire même plus intensément que je ne le pourrais jamais. 
Après tout mon récipient sera toujours impur et étroit puisque je ne suis qu’un homme mais la place qui reste dans ce récipient est remplie de cette lumière et c’est là toute ma joie de pouvoir le redécouvrir à l’instant. Inutile de ne boire à longueur de temps que mes impuretés dans l’amertume ; ce breuvage de lumière a des vertus purifiantes dont je ne connais même pas tous les chemins quand il plonge dans mon inconscient le plus matériel. 

Mon ami, on peut ainsi partager ce breuvage de lumière sans l’ombre d’un doute quant à son obscurcissement par nos défauts et même si nous manquons encore de bienveillance et surtout encore de sincérité envers nous-mêmes. Les expérimentations proposées n’ont rien de personnelles. L’expérimentation qui peut s’accomplir en toi si elle a à s’accomplir le fera d’elle-même…  

Moi-même je me souviens que la première expérimentation à s’accomplir a eu lieu devant cette page-ci (p.150-151, La troisième voie) de Douglas Harding :
 
En cliquant sur l'image on aura une meilleure idée du dessin voire du texte.
Soudain lisant ce livre là-bas, me mettant à l’écoute de ce qui était dit là-bas sur ce livre, je suis devenu meilleur lecteur de moi-même, réalisant la plénitude de ce qui me manquait à zéro distance… 

Encore le même dessin.


Le doigt sur le dessin ne pointait pas seulement quelque chose d’imaginé mentalement au-dessus du bonhomme dessiné mais il pointe encore à l’instant au-dessus de mes épaules la véritable nature de lecteur, seul et unique que je suis (comme chacun d'ailleurs peut le constater pour lui aussi).

L’enseignant spirituel, auteur du livre avait su s’effacer au point où ce qui était dit était mon propre raisonnement me parlant de moi-même, de cette parfaite lumière ouverte que (par notre nature commune) je suis avant tout.

Cet enseignant est l’un des rares dans la spiritualité à proposer une expérimentation proprement scientifique. Comme un scientifique dont le nom est parfois associé à une formule, son individualité et donc sa qualité humaine n’avait rien à voir avec sa formule.

Et dans cette lumière pointée d’une façon qui n’exige pas la mortification des défauts ou la disparation de toute trace d’ego et d’émotion, je peux commencer enfin à être sincère : l’amour et la bienveillance ne sont pas le fait de ma petite personne.