mardi 8 mai 2012

SIGNIFICATION EVOLUTIVE DE LA FIN DES MATIERES PREMIERES

  
En France, nous sommes dirigés par des politiques modernes. 
ER-ORANGE : l'horizon Starbuck

ORANGE sait que le monde n'est physiquement pas plat, il sait aussi que la Terre est en mouvement autour du centre de la galaxie et que la voie lactée elle-même n'est qu'une pièce de l'amas de la Vierge. Et pourtant, une fois BLEU dépassé, ER continue de se représenter le monde sur un planisphère, car il a l'impression que TOUT se gère. Le temps lui-même « est de l'argent » et peut être raccourci.

En effet, ER a découvert la fonction exponentielle : il en use (et en abuse) et la régression linéaire (y = ax + b), la première fonction mathématique établissant une relation de cause à effet, lui paraît assurément inefficace.

ER a aussi découvert la répartition statistique et pense pouvoir s'affranchir lui-même de la règle générale, être le 1/100 000 000 000e qui sort de l'échantillon « moyen ». La description faite dans La Stratégie du Dauphin de Dudley Lynch est à ce titre tout à fait éloquente : ER s'imagine en dauphin, nageant au-dessus des carpes (BLEU), des requins (ER[-Orange] malsains), des carpes pseudo-éclairées (FS[-Vert]), alors qu'il n'est en définitive au mieux qu'un requin-baleine (c'est-à-dire un requin pseudo-éclairé, animal dont il nie lui-même l'existence).
Dans son essai Une brève Histoire de l'avenir, l'économiste Jacques Attali décrit le déplacement progressif du centre du monde, du bassin méditerranéen à l'Europe du Nord, puis au continent nord-américain. Pour Friedman, le centre s'est déplacé en Asie avec une Chine et une Inde hyperagressives. Quant au Professeur Aldo Levy, spécialiste de l'analyse de la valeur, il décrit un monde où les « hubs » centres informatiques et décisionnels des multinationales sont les nouveaux donjons du pouvoir économique. Hors du hub, point de salut !

Le paradoxe de ER[-Orange] semble être le suivant : le progrès scientifique a été si rapide que l'individu dominé par ER[-Orange] n'a pas été en mesure d'assimiler les conséquences induites pas toutes les connaissances qu'il a lui-même générées ! Il en est resté à la découverte majeure de la Renaissance qui a permis l'éviction de DQ[-Bleu] : la Terre tourne, elle n'est pas fixe dans le ciel. Le centre du monde ER[-Orange] se déplace, et il vaut mieux savoir en suivre le mouvement si on veut faire partie des « gagnants ».

Les politiciens modernes ne pensent qu'à travers la croissance économique : c'est l'approche moderne.

On veut même bloquer le prix à la pompe pendant quelques mois pour redonner des pouvoirs d'achat mais regardons cette courbe sur la production des hydrocarbures :

La partie colorée de la courbe s'arrête avant 2010 ; nous sommes en 2012. La consommation mondiale augmentant, la production baissant inéluctablement ; alors il est urgent d'envisager un monde économique qui fonctionne sans le besoin du pétrole.


Mais l'erreur des modernes dans les circonstances présentes va beaucoup plus loin, si on considère l'avenir des ressources suivantes :

A l'horizon 2040, plus de zinc, plus d'étain, de plomb et de cuivre !!! 26 éléments du tableau périodique ne seront plus accessibles par extraction minière d'ici 350 ans et pour les premières d'ici une dizaine d'années. Ces différents métaux ne seront plus accessibles à la production que par l'intermédiaire du recyclage. On voit l'impact de cet épuisement sur nos technologies.

Arrivons-en à ce qui fait la gloire des modernes français : le nucléaire.

Voici deux schémas présentant des projections sur l'extraction de l'uranium :




Dans les deux cas entre 2020 et 2030 il faudra envisager un autre type d'énergie puisque l'uranium ne pourra plus représenter une issue au problème énergétique. Or ceci vaut pour dans à peine moins d'une quinzaine d'années.

Faut-il désespérer à partir de là de l'avenir de l'humanité ? Devons-nous aller chercher dans les astéroïdes ou les planètes les ressources qui nous manquent ?

On peut envisager une industrie où chaque produit ferait partie d'un ensemble parfaitement recyclable comme tout élément qui intervient dans un écosystème. Mais cette vision du berceau au berceau, Cradle to Cradle représente forcément une approche de l'économie qui ne soit plus basée sur l'obsolescence programmée, la productivité et le consumérisme.

La décroissance vu comme recul du productivisme et du consumérisme qui s'annonce pourrait non pas frustrer l'homme moderne mais marquer son dépassement dans une nouvelle perspective évolutive.

Écoutons Pierre Rabhi :


Pierre Rabhi : [...] La Terre n’est pas extensible. Il y a donc incompatibilité entre le système et les idées que l’on veut lui appliquer. Les gens ont mal compris la décroissance et pensaient qu’il s’agissait d’un retour en arrière. Pas du tout ! Mais pour présenter l’idée sous un angle plus optimiste, j’ai pensé à la notion de « sobriété heureuse ».

AG - En quoi consiste-t-elle ?
Pierre Rabhi : Regardez autour de vous : les gens ne sont pas heureux, car ils veulent avoir toujours plus. C’est le système actuel qui créé cet état permanent de manque. Je pars du principe qu’avec la surabondance, nous ne sommes pas heureux. Aujourd'hui, il y a une performance à réaliser : satisfaire à nos besoins par les moyens les plus simples et les plus sains.

AG - Comment est-ce possible dans une société où nous sommes assaillis par la publicité ?
Pierre Rabhi : Il faut être convaincu que dans la sobriété, on trouve la libération. La sobriété est une délivrance par rapport au toujours plus. Il faut que chacun comprenne par soi-même qu’on ne peut pas atteindre la satisfaction permanente puisqu’il est fait en sorte que l’on ne soit jamais satisfait. [...] J’ai été musulman et chrétien, mais aujourd'hui, je ne me sens pas relié à une religion particulière. La dimension spirituelle de ma réflexion s’est profondément élargie avec l’écologie car elle m’amène à admirer la nature et la vie, et donc, l’œuvre divine. Je me suis aperçu que la sobriété heureuse pour moi, relève résolument du domaine mystique et spirituel. Celui-ci par le dépouillement intérieur qu’il induit, devient un espace de liberté, affranchi des tourments dont nous accable la pesanteur de notre mode d’existence.
Mais une telle spiritualité ne risque-t-elle pas un peu de sonner comme un renoncement à l'aventure humaine pour un retour à la Mère nature ? La modernité par sa force technologique avait convaincu que le savoir rationnel était préférable à des croyances ininterrogées. Son progrès avait représenté une lutte contre l'ignorance. Comment pourrions continuer la lutte contre l'ignorance en explorant une spiritualité liée à la sobriété ?


Relisons Satprem dans La Genèse du surhomme ; il nous montre qu'il y a une exploration évolutive qui n'est pas prisonnière de la technologie moderne :
« Il n’y a pas, jamais de "problèmes matériels", il y a seulement des problèmes intérieurs. Et si la Vérité n’y est pas, même les millions pourriront sur place. C’est une fabuleuse expérience de toutes les minutes, une mise à l’épreuve de la Vérité, et, plus merveilleusement encore, une mise à l’épreuve du pouvoir de la Vérité. Il apprend pas à pas à découvrir l’efficacité de la Vérité, la suprême efficacité d’une petite seconde claire - il entre dans un monde de petites merveilles continues. Il apprend à avoir confiance en la Vérité, comme si tous ces coups, ces ratages, ces querelles, cette confusion, le conduisaient savamment, patiemment, mais impitoyablement, à prendre l’attitude juste, découvrir le vrai ressort, le regard vrai, le cri de vérité qui renverse les murs et fait éclater tous les possibles dans l’impossible chaos. C’est une transmutation accélérée et comme multipliée par les résistances de chacun autant que par ses bonnes volontés - comme si, en vérité, et les résistances et les bonnes volontés, le bien autant que le mal, devaient se changer en autre chose, une autre volonté, une volonté-vision de Vérité qui à chaque instant décide du geste et du fait. C’est la seule loi de la Cité de l’Avenir, son seul gouvernement : une vision claire qui s’accorde à l’harmonie totale et qui traduit spontanément en actes la Vérité perçue. Les faussaires sont automatiquement éliminés, par la pression même de la Force de Vérité, refoulés, comme le poisson, par excès d’oxygène. [...] Ce qui se décide là-bas avec des mitrailleuses, des guérillas ou des hauts-faits, se décide ici avec de sordides détails et une invisible guérilla du mensonge. Mais une seule victoire sur un petit égoïsme humain est plus lourde de conséquences pour la terre que le remaniement de toutes les frontières de l’Asie, car cette frontière-là et cet égoïsme-là sont le barbelé originel qui divise le monde.
Aussi bien, l’apprenti surhomme pourra-t-il commencer sa bataille très tôt, non seulement en lui-même mais dans ses enfants, et non seulement à la naissance de l’enfant mais dès sa conception. [...]

L’enfant de cette Cité naîtra avec une flamme, il naîtra consciemment, volontairement, sans avoir à défaire des millénaires d’animalité ou des abîmes de préjugés ; on ne lui dira pas à chaque instant qu’il doit gagner sa vie, parce que personne ne gagnera sa vie dans la Cité de l’Avenir, personne n’aura d’argent : on la vivra au service de la Vérité, chacun selon ses capacités et son art, et on n’y gagnera que de la joie ; on ne lui répétera pas sur tous les tons qu’il faut ou ne faut pas : on lui montrera seulement la tristesse instantanée de ne pas écouter la petite note juste ; on ne le harcèlera pas avec l’idée du métier à découvrir, de la réussite à faire, de la victoire sur autrui, du premier de classe et du dernier de classe, parce que personne ne réussit ni n’échoue dans la Cité de l’Avenir, personne ne fait un métier, personne ne triomphe des autres : on fait le seul métier d’une petite note claire qui éclaircit tout, fait tout pour nous, dirige tout pour nous, réunit tout dans son harmonie tranquille, et réussit la seule réussite d’être en accord avec soi-même et avec tout ; on ne lui apprendra pas à dépendre d’un maître, dépendre d’un livre, dépendre d’une machine, mais à se fier à cette petite flamme dedans, cette petite coulée joyeuse qui guide les pas, amène la découverte, fait trébucher par hasard sur l’expérience et vous livre la connaissance comme en se jouant, et il apprendra à cultiver les pouvoirs de son corps comme d’autres aujourd’hui cultivent le pouvoir des boutons de machine ; on n’enfermera pas ses facultés dans un moule de vision et de compréhension tout fait : on encouragera sa vision qui n’est pas des yeux, sa compréhension qui n’est pas des livres, ses rêves des autres mondes qui préparent celui de demain, ses communications directes et ses intuitions immédiates, ses sens subtils ; et si l’on se sert encore de machines dans la Cité de l’Avenir, on lui dira que ce sont des béquilles provisoires en attendant de trouver dans notre propre cœur la source du Pouvoir pur qui transmuera un jour cette matière comme nous transmuons la feuille blanche, d’un coup de crayon, en une jolie prairie. On lui apprendra le Regard, le vrai regard qui peut, le regard qui crée, le regard qui change tout - on lui apprendra à pouvoir par lui-même et à croire en son propre pouvoir de vérité, et que plus on est pur et clair, en harmonie avec la Loi, plus la matière obéit à la Vérité. Et au lieu d’entrer dans une prison, l’enfant entrera dans un monde ouvert où tout est possible -et où tout est effectivement possible, car il n’est d’impossibilité que celle que nous croyons. Et finalement, l’enfant grandira dans une atmosphère d’unité naturelle où il n’y aura pas de "toi", "moi", il "tien", "mien", où on ne lui aura pas appris à chaque instant à mettre des écrans et des barrières mentales, mais à être consciemment ce qu’il est inconsciemment depuis toujours : à se prolonger dans tout ce qui est, dans tout ce qui vit, à sentir dans tout ce qui sent, comprendre par une même respiration profonde, par un silence qui porte tout, à reconnaître partout la même petite flamme, à aimer partout la même petite coulée claire, et à être moi partout sous un millier de visages et dans un millier de musiques qui sont une seule musique. »
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