jeudi 25 octobre 2012

PERSONNE NE S'EVEILLE ? MA PERSONNE ENTRE DANS SA SECONDE NAISSANCE.

En un sens personne ne s'éveille. Quand je pointe mon index vers cela qui regarde, en amont de mon regard rien de ma personne. 
Ma personne est comme laissée dans le monde avec tout ce qui est vu.
Mais en un autre sens, Cela éveille ma personne. 
J'étais né de mémoire de deux parents humains. En cela je m'éveille, je prends naissance consciemment.
C'est ma seconde naissance à cet instant. Et à celui-ci aussi. C'est ma naissance de chaque instant. je ne me vois pas naître en Cela. C'est un acte sans début ni fin, c'est un acte sans devenir, un acte pur disent nos théologiens scolastiques. En Cela, je prends naissance en même temps que les autres et le monde.
Creusant ainsi le fait subjectif (c'est-à-dire ni objectif, ni non plus lié à une personnalité dans ses préférences) de la vision sans tête de Douglas Harding, je croise ici Stephen Jourdain qui écrit dans ses Cahiers d'éveil II, p.91-92 :
JE SUIS. JE VIENS DE NAÎTRE. La trame de mon identité a fondu comme cire ; j'ai disparu, entièrement ; quiconque plongerait son regard jusqu'à ce que je suis devenu s'écrierait : "Mais il n'y a là absolument rien ! Pas même la trace de quoi que ce soit !" ; et ce serait encore sous-estimer ce désert, ce rien : car, en vérité, ce là, cette étendue vide de toute apparence, mais au sein de quoi une apparence pourrait se former, n'existe pas... ; comment évoquer pareille... nullité, pareil zéro ?
Évoquer cela, non. Nommer cela, oui : ce zéro s'appelle l'Esprit ; ce zéro est esprit pur. Et en violation du bon, sens, en violation de toute logique, de toute raison, au sein du mystère de ce zéro où se sont abîmées toutes les assises de mon existence, est une présence plus aiguë que la morsure d'un acide, plus dense et plus résistante que le mythique airain, un eurêka vivant en une forme de commotion : MOI.
Mais ne retrouve-t-on pas aussi la tradition mystique rhénane ? Jean Tauler, par exemple, ne vise-t-il pas le même fait subjectif quand il écrit dans son sermon 29 Aux "amis de Dieu" :
D'autres maîtres disent [...] que l'image de la Trinité résiderait dans le plus intime, au plus secret, dans le tréfonds de l'âme, là où, dans le fond elle a Dieu essentiellement et substantiellement. C'est sûrement dans ce fond que le Père engendre son Fils unique, cent mille fois plus vite qu'il ne le faut pour cligner de l'oeil, d'après notre manière de comprendre, dans le regard d'une éternité toujours nouvelle, dans l'inexprimable resplendissement de lui-même. Si quelqu'un veut sentir cela qu'il se tourne vers l'intérieur, bien au-dessus de toute l'activité de ses facultés extérieures et intérieures, au-dessus des images et tout ce qui lui a été jamais apporté du dehors, et qu'il se plonge et s'écoule dans le fond. La puissance du Père vient alors, et le Père appelle l'homme en lui-même par son Fils unique, et tout comme le Fils naît du Père et reflue dans le Père, avec le Fils, devenant un avec lui. Le Saint-Esprit se répand  alors dans une charité  et une joie inexprimables et débordantes. Il inonde et il pénètre le fond de l'homme avec ses aimables dons.
La question qui reste ouverte est celle de l'âme. Est-ce simplement la personne de ma personnalité qui naît en cela ou bien puis-je trouver le lieu de naissance de mon âme dont ma personnalité et sa personne ne sont que le lieu d'expérience indirecte ? Si vraiment la naissance ainsi obtenue en son fond était celle de l'âme entendue au sens traditionnel, n'aurions-nous pas la certitude de notre immortalité ?

Sur ce point, il semble que les propos de Jourdain sont variables ou que ceux des rhénans recourent encore souvent à la foi plus qu'à une nette expérience.
Enregistrer un commentaire