vendredi 20 mars 2015

PEUT-ON ÊTRE MUSULMAN ET CITOYEN FRANCAIS ?



Il est vrai que la mystique religieuse n'a jamais garanti une religion de ses excès d'intolérance. De nombreux mystiques chrétiens comme St Bernard ont été des acteurs de l'intolérance. Au nom de ses lumières intérieures indéniables, il a ainsi attaqué Abélard dont l'intellect  ouvrait pourtant les prémisses des démarches de l'intellect moderne. Il a aussi appelé à mené croisade.
De même la mystique musulmane dans le passé et dans le présent récent ne garantit pas une interprétation religieuse des excès d'intolérance.
Mais faut-il en conclure que l'essence de ces religions implique l'intolérance ?

On remarquera que nos sociétés ne mettent pas en majorité en doute l'idée d'un possible christianisme tolérant.

Tout l'enjeu est de savoir si on peut être un croyant musulman et être tolérant. La réponse à cette question met directement en jeu le fait de savoir si on peut être un musulman et  un bon citoyen français. En effet si on répond qu'il est impossible d'être musulman et tolérant alors on fait du musulman quelqu'un qui par définition ne peut que rejeter un  modèle politique laïque. Tout musulman est alors considéré comme un potentiel danger pour la laïcité.

On peut visiblement être citoyen français et catholique sans que cela soit contesté : rejet de l'homosexualité, aucun rôle d'importance des femmes dans la hiérarchie ecclésiastique, interdiction de la contraception et de l'avortement qui donnent aux femmes un réel droit sur leur corps, ouvrages à l'index, etc. Les catholiques obéissent à des influences internationales (la papauté), sont-ce de bons français d'abord centrés sur leur nation ? (Ici je reprends simplement les arguments de Locke). La reconnaissance catholique des droits de l'homme date des années 1960, etc. La charia certes n'est pas tout à fait l'équivalent du droit canonique catholique mais les 613 commandements juifs et leur mise en œuvre ultra-orthodoxe ne le sont-ils pas davantage ? Ces juifs dont les textes religieux de base du premier testament sont forts comparables au Coran peuvent-ils être de vrais français ou finiront-ils toujours par servir les intérêts d’Israël ? Ces raisonnements me ramènent à ceci : on peut être de n'importe quelle religion même la plus discutable du point de vue rationnel et évolutif et être français à partir du moment où on reconnaît la suprématie d'une fraternité laïque sur les intérêts de sa communauté religieuse. Peu importe que dès lors ces gens ne soient plus tout à fait de bons catholiques, de bons juifs orthodoxes ou de bons musulmans (d'après nos interprétations externes), cette allégeance suffit. La révolution française n'a pas imposé autre chose aux prêtres et religieux cathos qu'une allégeance et la part des choses s'est faite entre des religieux désireux de réinterpréter de plus en plus leur religion en fonction de la modernité ou non. Qu'une réinterprétation trahisse ou non le texte est sans intérêt si on regarde les évolutions religieuses : les juifs dans la torah lisent des sanctions d'adultère comportant la lapidation et il n'y a aucun moyen d'échapper à cette littéralité du texte ; or cela ne les empêche pas de considérer même pour les plus orthodoxes cette compréhension comme désormais hors de propos. D’ailleurs dans le christianisme Jésus promet l'enfer éternel à ceux qui n'accueilleront pas ses disciples convenablement, l'apocalypse est un récit où des armées du bien affrontent des armées de l'axe du mal : Chirac dit que Bush a voulu le convaincre d'attaquer l'Irak parce qu'il y localisait Gog et Magog (cf l'Apocalypse).

Vouloir affirmer pour l'autre quelle est la façon juste de croire surtout si c'est pour dire que c'est la façon la plus inhumaine me semble sans intérêt pour faciliter la rencontre des personnes et l'évolution des identités en mettant le cœur au-dessus de toute identité.

Il paraît légitime de dénoncer ce qui doit l'être car si sinon ce serait un angélisme tragique. Mais en concluant qu'une religion est par essence anti-moderne, on condamne tous ceux en son sein qui tente de la moderniser.
Cette stratégie qui a été menée contre le catholicisme a abouti à l'exclusion de tous les modernistes chrétiens de l'église catholique aux alentours des années 1900 et a retardé son évolution interne qui n'a repris vraiment un commencement qu'après la seconde guerre mondiale et a connu un tournant décisif moderne aux années 1960.

Un religieux n'a pas à être un herméneute universitaire mais à devenir un herméneute guidé par son cœur qui ne renie pas ses racines mais veut les faire pousser au-delà de toute ombre au soleil du cœur. 
 
Il y a une critique des religions qui manque de cœur malgré l'objectivité de ses critiques dès lors qu'elle empêche celui qu'elle critique de se mettre à l'écoute de son cœur. Mais on voit si facilement la paille dans l’œil de son voisin...
 
les pères spirituels d'une religion ont rarement la perfection du cœur mais ils ont fait souvent ce premier pas du cœur... Si Henry Corbin, Jambet et Shayagan affirment qu'ils ont plus de vérité du Chiisme que Khomeyni, je les soutiens puisqu'ils défendent la démocratie moderne. Si Abdennour Bidar se dit musulman et défend la démocratie et la tradition philosophique, je le soutiens. Comme dans la pensée chrétienne catholique par homéomorphisme, je soutiens Panikkar, Ghislain Lafon, Teilhard... 

CLIQUEZ ICI POUR VOIR EN DÉTAIL.

Mais au final je crois que l'ultramodernité spiritualiste va épuiser toutes les formes religieuses inutiles quand l'expérience directe spirituelle se révélera possible au plus grand nombre sans institution, sans dogmatisme et sans croyance (ce qui n'est pas la foi dans l'ouverture qui peut détruire toutes les forteresses mentales posées pour séparer les personnes).

Est-ce de l'irénisme ? J'avoue que saint Irénée de Lyon qui a un discours conséquent sur le fait qu'un Dieu créateur ne pourrait pas vouloir créer un monde aboutissant à l'enfer pour la plupart. Pour Irénée de Lyon, Dieu s'est homme en Jésus-Christ afin que l'homme soit fait Dieu.

En m'arrachant à la dimension religieuse du propos, je témoigne d'une expérience spirituelle où le divin crée consciemment le vivant comme individualisation de sa conscience. Autrement dit si les notions d'âmes et d'évolution sont sensées, il se peut qu'une spiritualisation de nos sociétés conduisent les religions à devenir des reliques du passé.

Évidemment il y a ici en jeu une expérience intérieure qui ne se contente pas de réaliser que tout apparaît dans la conscience vacuité mais de réaliser que tout ce qui apparaît dans la conscience y apparaît de plus en plus consciemment.L'inconscience devient de plus en plus flagrante quand la conscience croît.

On aura compris que l'expérience mystique commence par être celle de la lumière intérieure mais que bien peu de ceux qui savent cette lumière voit vraiment leur cœur s'embraser non seulement pour cette lumière elle-même mais pour tout homme. Ces saint Bernard (chrétien catholique du Moyen-âge), Al Ghazali (théologien musulman et soufi du Moyen-âge) et autres ont eu cette première expérience mais elle n'a pas surmonté en eux les forteresses mentales, les clôtures de pensée rendant insensible au cœur de l'autre même le plus enfoui, etc. Ces maîtres spirituels n'étaient pas capables de mener leur culture religieuse à évoluer vers un niveau de mentalité plus élevé. Pour devenir un rayonnement d'amour vraiment capable de participer à l'évolution de la conscience, il faut aller au-delà de la prise de conscience d'une lumière intérieure. Il faut vraiment, entre autres, que toutes les pensées deviennent des circonstances et des expressions au service de la révélation des cœurs au cœur d'eux-mêmes. La purification est alors impitoyable : toute trace d'ego devient de plus en plus une blessure intolérable de l'amour. Et il faut bien faire face au fait que nos pensées soi-disant les plus justes, les plus vraies sont des moyens pour que notre ego soit l'objet d'attention, pour qu'il ait la sensation d'un pouvoir...

Si l'on sait un tel amour rayonnant au cœur du cœur purifiant toute imperfection impitoyablement, comment douter alors d'une évolution spirituelle de l'humanité produite par le rayonnement de quelque chose du fond de la conscience infinie ?
Enregistrer un commentaire